Richard 1er sans peur (Fécamp vers 930 - 996)

 

Il a probablement un peu plus de 10 ans à la mort de son père, assassiné en décembre 942, et se voit attribuer un conseil de régence comprenant quatre hauts personnages du duché normand : Bernard le Danois, Raoul dit Taisson l'Ancien, Anslech de Bricquebec et Osmond de Conteville. Mais le roi carolingien Louis d'Outremer, sous prétexte de faire son éducation, fait transporter l'adolescent avec l'un de ses régents, Osmond, à sa cour de Laon. Il semble y avoir séjourné de 943 à 945 et s'être finalement enfui avec l'aide d'Osmond, qui aurait organisé son évasion grâce aux complicités d'Yves de Bellême et de Bernard, comte de Senlis et vassal d'Hugues le Grand, duc des Francs.

Durant cette mise sous surveillance, Herluin II de Ponthieu est nommé par le roi gouverneur de Normandie en 943 avant d'être tué par des normands en 945.

Entre temps, Louis d'Outremer s'est associé avec Hugues le Grand, son principal vassal, pour dépecer le jeune et fragile duché normand. Le roi envahit le Pays de Caux, tandis que le duc des Francs prend Gacé, Évreux et va assiéger Bayeux.

En réaction, les Normands de la Seine font appel à la troupe scandinave du « roi de la mer » Sigtrygg, sans doute d’origine norvégienne et en partie composée d’Islandais, mais les guerriers vikings sont vaincus. Selon le récit de Dudon de Saint-Quentin, l'un des «régents», Bernard le Danois, exploite la rivalité entre Louis d'Outremer et Hugues le Grand afin de retourner la situation en faveur de Richard Ier. Dans un premier temps, il suggère au roi que les Normands se résignent à se soumettre, obtenant ainsi la fin des hostilités. Puis, contactant Hugues le Grand, il le convainc qu'il a été trompé par Louis. Et pour finir d'envenimer les relations entre les anciens alliés, il promet l'aide des Normands au duc des Francs contre le roi, amenant Hugues à commettre l'erreur de se lancer en campagne contre Louis d'Outremer.

Toujours très actif, Bernard le Danois obtient l'intervention d'un autre chef viking, Harald, (nous ne savons pas si il était récemment installé ou depuis longtemps implanté en Normandie). Le roi s'empresse d'intervenir mais il est vaincu le 13 juillet 945 sur la Dives, peut-être à Corbon. Herluin II de Ponthieu meurt dans la bataille tandis que Louis d'Outremer est capturé. Il est confié à Hugues le Grand qui le garde prisonnier jusqu'en juillet 946, ce qui permet à Richard, maintenant adolescent et revenu en Normandie, de faire reconnaître l'indépendance du duché par les Grands (Nobles) du royaume franc carolingien.

En 946, craignant l'alliance de Richard Ier avec Hugues le Grand, le roi Louis d'Outremer forme une coalition avec Otton de Germanie, Arnoul Ier comte de Flandre, Conrad le Pacifique roi de Bourgogne transjurane, et Alain Barbe-Torte duc de Bretagne. Les alliés traversent l'Epte et se dirigent vers Rouen. L'attaque de la ville est un échec. Les rois franc et germanique subissent alors une contre-attaque qui les contraint à battre en retraite jusqu'en Amiénois.

Le duché de Normandie a réussi à survivre à « la grande crise qui, vers la même époque, avait été fatale aux deux États vikings les plus proches, le royaume d'York et l'établissement normand de Nantes».

L'administration de Richard Ier

Nous disposons de peu d'informations à ce sujet avant les premières années du XIe siècle, c'est-à-dire sous le règne de Richard II. Nous ne possédons malheureusement presque d'aucun acte écrit entre 968 et 989/990. L'historien François Neveux avance pourtant que « le principat de Richard Ier, de 945 à 996, fut une période d'affermissement et de consolidation qui dura un demi-siècle, soit deux générations. C'est au cours de cette époque que la Normandie se forma véritablement, qu'elle acquit sa personnalité originale et ses caractères spécifiques, se distinguant aussitôt des autres principautés du royaume en voie de formation».

Quelques indices d'une Normandie restaurée et mâture

Comme son père Guillaume Longue Épée, Richard œuvre pour la restauration de l'Église. En 960, il installe de nouveaux moines à Saint-Wandrille pour relever l'abbaye détruite par ses ancêtres vikings. Quelques religieux de cette maison sont ensuite envoyés au Mont-Saint-Michel pour remplacer les chanoines. À Fécamp, ville où est né Richard, le comte crée une résidence ducale de première importance et émet le projet d'installer un monastère à proximité. Il fait lors appel à Maïeul, l'abbé de Cluny, qui refuse de venir en Normandie, ce qui démontrerait peut être la mauvaise réputation, encore tenace, des Normands.

Le rétablissement de la hiérarchie épiscopale en Normandie apporte un crédit à la volonté restauratrice de Richard. Après la coupure liée aux invasions scandinaves et à l'installation de Rollon, tous les évêchés normands ont de nouveau un titulaire vers 990.

Quelques historiens avancent que Richard installe les premiers comtes en Normandie mais il n'y a pas de preuves.

À la fin du Xe siècle, après une vingtaine d'années d'indigence des sources, on perçoit toutefois la maturité politique de la principauté normande : Richard Ier fait de Fécamp un sanctuaire dynastique (comme le font les Robertiens pour Saint-Denis) et commande au chanoine Dudon de Saint-Quentin une histoire des premiers ducs de Normandie qui deviendra le «De Gestis Normanniae ducum seu de moribus et actis primorum Normanniae ducum».

L'union de la Normandie ?

C'est sûrement l'une des thèses les plus intéressantes développées ces dernières années par certains historiens. Elle part de l'idée de Karl-Ferdinand Werner selon laquelle nous n'avons pas de certitude sur la domination des comtes normands dans la partie ouest de la Normandie. Malgré les cessions de 924 et 933, les Normands de Rouen ne maîtrisaient probablement pas les nouveaux territoires acquis. Ce n'est pas avant 966, autrement dit sous le règne de Richard Ier, que les historiens trouvent des écrits dans les chartes d'une intervention comtale dans ces régions occidentales. Le principat du fils de Guillaume Longue Epée paraît un moment clef.

Richard et ses voisins : alliance ou conflit

La guerre contre le comte de Blois (v. 960-965)

En 954, le roi Louis IV d'Outremer meurt suivi deux ans plus tard par son principal rival le duc des Francs, Hugues le Grand. Le fils du duc des Francs, Hugues Capet, étant mineur, un de ses principaux vassaux, Thibaud le Tricheur, comte de Blois, en profite pour s'émanciper. Entre 956 et 960, il s'empare des comtés de Chartres et de Châteaudun. La Normandie se retrouve bordée au sud-est par la nouvelle puissance thibaldienne.

L'origine de la querelle ne se situe probablement pas dans ce secteur mais plutôt en Bretagne. Profitant de la mort d'Alain Barbe-Torte (952), Thibaud se partage la suzeraineté de la Bretagne avec son beau-frère Foulque le Bon, comte d'Anjou. Richard Ier, que Dudon de Saint-Quentin qualifie régulièrement de prince ou de duc des Normands et des Bretons, voit dans cette manœuvre une grave ingérence dans les affaires du duché.

Selon le récit de Dudon de Saint-Quentin, le comte de Blois complote pour faire tomber Richard. Il attire l'attention de Lothaire, le nouveau roi des Francs, de sa mère et de son oncle Brunon, archevêque de Cologne, et les entraîne dans ses vues. Si l'on suit à la lettre Dudon, Brunon et le roi invitent à deux reprises le comte des Normands mais Richard perçoit à temps les pièges que dissimulent ces invitations.

En 962, sous l'influence de Thibaud de Blois, le roi Lothaire rassemble ses troupes dans le Drouais, et s'empare d'Évreux qu’il laisse à son allié Thibaud. Le comte de Blois pousse alors son avantage et se dirige vers la capitale normande. Richard de Normandie part à sa rencontre à la tête de son armée et lui inflige une cuisante défaite près de Rouen.

Après cette victoire, la guerre se poursuit encore quelques années. Le comte des normands n'hésite pas à recruter des pilleurs scandinaves, qui revenaient d'Espagne, pour faire face à son ennemi. Alors que Chartres est incendiée Thibaud demande la paix, qu'il obtient après avoir renoncé à Évreux. Le roi Lothaire signe à son tour un accord avec les Normands en 965 sur les bords de l'Epte (à Gisors ?). Ce traité préconise le renoncement du roi à toute suzeraineté sur la Normandie et en contrepartie, l'arrêt de toute action militaire de la part des normands.

La Normandie n'est désormais plus menacée jusqu'à la mort du duc. Ce qui n'empêche pas les normands de monter à leur tour des expéditions contre leurs voisins : en Flandre contre le comte Arnoul II de Flandre ou contre Albert Ier de Vermandois dans la fin des années 980.

Richard et les Robertiens

Richard semble avoir noué précocement des liens avec les Robertiens, Hugues le Grand puis son fils Hugues Capet. Les événements de 945-946 laissent penser que le duc des Francs était favorable aux normands. Les preuves s'accumulent sur les bonnes relations entre les deux princes : en 948, une troupe normande aide Hugues le Grand dans le siège de Soissons. En 960, le duc de Normandie épouse la sœur d'Hugues Capet, Emma.

Dans une charte de 968, Richard se reconnaît le vassal d'Hugues Capet. Guillaume de Jumièges laisse entendre que le normand aide le duc des Francs à accéder à la royauté. S'il ne l'aide pas contre Charles de Lorraine (en 988/991), il est son principal soutien, avec le comte d'Anjou Foulque Nerra, lors du siège de Melun en 991. Le châtelain est passé au service d’Eudes Ier de Blois alors même que le comte de Blois vient d'acquérir Dreux tout en menaçant le duché normand.

L'année suivante, Richard renverse ses alliances. Le comte d'Anjou devient une menace en intervenant dans les comtés de Nantes et de Rennes. Or, depuis Rollon, la Bretagne est une chasse gardée des normands. En conséquence, Richard s'allie avec son ancien ennemi Eudes de Blois et adhère à une coalition contre l'Angevin comprenant le duc d'Aquitaine, le comte de Flandre (sans doute) et le comte de Rennes.

Richer de Reims rapporte qu'en 992, des Normands participent aux côtés des Bretons, à la bataille de Conquereuil que remporte Foulque. Cette alliance bretonne amène un double mariage entre les enfants de Richard et de Conan.

Relations avec l'Angleterre

Dans un premier temps, elles ne sont pas bonnes. Le roi Ethelred II reproche à Richard d'accueillir les danois qui pillent son royaume et le légat du pape doit intervenir pour empêcher une guerre entre les deux nations. En 991, Richard et Ethelred concluent un traité dans lequel ils promettent de ne pas aider leurs ennemis respectifs. Cette paix contribue au développement des relations commerciales entre Normandie et Angleterre.

Richard meurt en 996 la même année que Hugues Capet, le premier roi de la dynastie capétienne, la date de sa mort nous est donnée par Dudon de Saint-Quentin, bien renseigné sur les Normands du duché. Il est enterré à Fécamp.

« Richard a rétabli la paix et la prospérité dans le territoire, momentanément perturbé par les troubles de sa minorité. Il a dirigé la province d'une main de fer. Malgré sa longévité, Richard ne laissa qu'un jeune héritier, encore incapable d'imposer sa propre autorité ».

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