Richard II de Normandie (974 - 1027)

 

Richard II de Normandie, dit Richard l'«Irascible» ou Richard le «Bon», est duc de Normandie de 996 à 1026. Pour Lucien Musset, son règne constitue «un premier sommet dans l'histoire normande»

 

Les troubles de la minorité

À la mort de son père, le duc Richard Sans-Peur en novembre 996, il est, semble-t-il, encore mineur, ce qui laisse le champ libre à une vague de troubles politiques dans le duché normand.

 

Il y a tout d'abord une grave révolte de paysans en 996, qui, selon le récit de Guillaume de Jumièges, décident de former des assemblées afin de s’auto diriger. Le comte Raoul d'Ivry, oncle du duc, est envoyé pour réprimer le soulèvement dans le sang et se livre à un massacre. Raoul fait mutiler grand nombre de rebelles, faisant couper les pieds et les mains des principaux chefs de la révolte. Il n'est pas sûr que ce mouvement fût dirigé contre le duc.

 

«Au cours de la même époque», un richardide, Guillaume, demi-frère du duc nommé comte d'Hiémois, refuse de reconnaître l’autorité de Richard II. Raoul d'Ivry mène une expédition qui aboutit à la capture de Guillaume.

Malgré cela, les vassaux du comte de Hiémois restent en rébellion et vers 1001, l'un d'entre eux réussit à faire évader le prisonnier, Guillaume viendra par la suite implorer le pardon de son demi-frère. Richard accepte la réconciliation mais le Hiémois étant toujours un foyer d’insurrection, Richard ne lui restitue pas son comté. Guillaume se voit néanmoins attribué celui de Eu, pour succédé à son frère le comte Godefroi qui vient disparaître.

 

Tout comme la révolte des paysans, ces événements sont mal connus. D'où des interprétations historiques divergentes. Quelques historiens britanniques placent la rébellion de Guillaume plus tard (un peu avant 1012-1015) et lui refuse le titre de comte d'Hiémois.

 

Au cours de cette période, l'oncle du duc Raoul d'Ivry, semble tenir les rênes du duché, peut-être en collaboration avec Gunnor. En 1001, Richard devient le seul maître de la Normandie.

 

L'administration de Richard II

Au cours de ses trente ans de règne, le duc procède à une réorganisation intérieure du duché. Une œuvre suffisamment importante pour que l'historien François Neveux écrive «en 1026, la Normandie était incontestablement la principauté la plus puissante et la mieux administrée du royaume».

 

Richard s'appuie sur les membres de sa famille, les Richardides. Il en installe à la tête des évêchés les plus importants (Bayeux et Rouen) et des comtés. Le duc est le premier de la dynastie à mettre en fonction des comtes. Ils sont tous placés sur les secteurs frontaliers (Ivry, Évreux, Mortain, Hiémois, Eu), exception faite de Brionne. Malgré leur haute origine, ils étaient révocables et n'exerçaient que par procuration un pouvoir délégué par celui des ducs. Vers la fin de son règne, les Richardides tiennent cinq comtés et deux évêchés. Richard installe aussi des vicomtes dans les régions sans dirigeants. Leurs pouvoirs sont identiques à ceux des comtes.

 

Grâce aux 25 actes produits par Richard II, on constate l'existence d'un embryon de cour à ses côtés. Y figurent aussi bien des Scandinaves que des Francs, on y retrouve les membres de la famille ducale, quelques évêques puis des vicomtes. Notons la présence de Dudon de Saint-Quentin et du vicomte de Cotentin Néel de Saint-Sauveur et d'Osbern.

 

À cette époque, la féodalité semble partiellement implantée en Normandie. Il n'y a apparemment aucun châtelain. Cependant, la révolte de 996 a sûrement contribué à l'élaboration de rapport de type féodal entre paysans et seigneurs.

 

Dans le domaine religieux, le rôle de Richard est encore primordial. Le jeune duc est le principal acteur du retour du monachisme en Normandie, après l’arrêt des invasions vikings. En 1001 Richard invite à Fécamp, une de ses résidences préférées, le réformateur italien Guillaume de Volpiano. Le religieux accepte de relever l'abbaye de Fécamp, avec douze de ses moines. L'événement est capital car ce monastère contribue ensuite à la restauration ou à la fondation d'autres abbayes (Saint-Taurin d'Évreux, Montivillers, Bernay). Le Mont-Saint-Michel est reçut en 1024 pour l’abbé Thierry, un disciple de Guillaume.

 

L'administration de Richard II, mieux connue que celle de ses prédécesseurs, révèle une Normandie qui a déjà en partie rompu avec ses origines scandinaves. Mises à part de rares exceptions, les droits ducaux se situent dans la tradition carolingienne. À la mort de Richard, il ne fait pas de doutes aux yeux de l'historien Dominique Barthélemy que la Normandie est un « pays francisé ». L'aristocratie naissante ne semble pas descendre principalement des compagnons de Rollon mais se constitue d'immigrés. Le récit du contemporain Dudon de Saint-Quentin, qui raconte l'histoire des premiers ducs, se lit comme une mutation des chefs de la Normandie vers le monde franc et chrétien. Ce détachement du monde scandinave se vérifie dans la politique extérieure du duché

 

La Normandie et l'Angleterre

Sous Richard II, le duché s'installe encore un peu plus sur l'échiquier international. La papauté noue des contacts suivis avec ces Normands qui, un siècle auparavant, brûlaient les monastères et égorgeaient les moines. Surtout, les affaires d'Angleterre deviennent incontournables dans la politique diplomatique de la Normandie.

 

Pendant la minorité de Richard, des Vikings utilisent, souvent avec l'accord ducal, l'ouest du duché comme base arrière pour mener des expéditions contre l'Angleterre anglo-saxonne. En réaction, vers l'an 1000, le roi anglo-saxon Ethelred monte une expédition contre le duché normand. Débarqué dans le Cotentin, les Anglo-Saxons, pourtant nombreux et bien préparés, sont repoussés par Néel de Saint-Sauveur, vicomte du Cotentin. Néanmoins, le duc Richard renoue rapidement une alliance avec l'Angleterre, notamment en 1002, lorsqu'il marrie sa sœur, la princesse Emma, au roi Ethelred (de cette union naît le futur roi Édouard le Confesseur). Le 13 novembre 1002, sous l'accusation d'un complot, Ethelred fait massacrer tous les Danois du Royaume d'Angleterre, c'est le sanglant massacre de la Saint-Brice. La réaction danoise est rapide, le roi Sven «À-la-Barbe-Fourchue» ravage le royaume en 1003, 1004, 1006, et 1009, et finit par soumettre l'Angleterre. En 1013, Ethelred, Emma et leurs enfants doivent prendre la mer et se réfugier auprès de Richard.

 

À la mort de Sven (1014), le roi exilé regagne l'Angleterre mais meurt peu après. Le fils de Sven, Cnut le Grand, épouse de force sa veuve, Emma, puis monte sur le trône d'Angleterre. Les fils d'Ethelred restent en Normandie. L'un d'entre eux, Édouard, attend son heure tandis que le duc doit accepter le nouveau roi d'Angleterre. Mais les relations entre Richard II et le Danois Cnut restent globalement tendues.

 

Les voisins continentaux

L'alliance capétienne

Dans la continuité de son père Richard Ier, Richard II poursuit les bonnes relations développées avec les rois capétiens. Robert le Pieux monte sur le trône la même année que l'accession au pouvoir du duc de Normandie. Leur piété, leur volonté de réforme de l'Église sont des points communs. À plusieurs reprises, Richard II vient en aide à son allié (et aussi sans doute ami).

 

En 1006, Baudoin IV de Flandre s'empare de la ville de Valenciennes, en terre d'Empire. Une alliance se monte bientôt contre lui, réunissant l'empereur germanique Henri II, le roi Robert le Pieux et les Normands du duc Richard. Malgré cette coalition, l'expédition est un échec.

Richard intervient une nouvelle fois aux côtés du roi en Bourgogne. Robert le Pieux craignait un glissement du duché de Bourgogne vers l'Empire. Appuyé par les Normands, il organise des expéditions en 1003 et 1005 qui lui permettent de garder son influence sur ce territoire.

 

Consacrant leur alliance, Robert le Pieux et Richard se rencontrent en 1006 à Fécamp et en 1024 à Rouen. Historiquement, le duc de Normandie est le vassal du roi mais dans les faits, ce rapport hiérarchique n'a aucune valeur. Richard II agit en toute indépendance dans le royaume et même parfois contre les intérêts du roi. Ainsi entre 1017 et 1026, il envoie son fils Richard combattre un vassal bourguignon du roi, Hugues, évêque d'Auxerre et comte de Chalon-sur-Saône. 

 

Luttes d'influence avec les comtes d'Anjou et de Blois

Les rivalités d'influence sur le Maine, la Bretagne et le Drouais entraînent un conflit avec Eudes II de Blois, comte de Chartres, mais aussi indirectement avec le puissant Foulque « Nerra ».

Par tradition, la maison des comtes de Rennes, soutenue par les comtes de Blois, s'oppose à celle des comtes de Nantes soutenue par les comtes d'Anjou. L'attention d’Eudes II de Blois ayant été monopolisée ailleurs, Geoffroi, comte de Rennes et duc de Bretagne recherche un nouvel allié qu'il trouve en la personne de son voisin normand. Cette alliance est consacrée par les mariages de Geoffroi avec la princesse normande Havoise de Normandie, sœur de Richard II puis, avant 1008, de Richard avec Judith, sœur de Geoffroi. Après le décès du duc breton en 1008, son épouse prend les rênes de la Bretagne en attendant la majorité de ses fils. Richard peut être tranquille, la frontière sud-ouest du duché est pérenniser. Le problème est tout autre sur la frontière sud-est, les ambitions d’Eudes II de Blois qui possède le château voisin de Dreux, inquiète le duc Normand.

 

Dans un premier temps, Richard adopte une attitude pacifique avec le comte de Blois en lui offrant, avant 1005, la main de sa sœur Mathilde, avec en dot la moitié de la châtellenie de Dreux. Or Mathilde meurt peu après leur union sans donner d'enfants et, selon l'usage, Richard souhaite récupérer la dot, ce que Eudes refuse. Appuyé par des Bretons, Richard fait construire en 1013 la forteresse de Tillières pour compenser la perte de Dreux. Avec ses alliés les comtes Hugues III du Maine et Galeran Ier de Meulan, Eudes attaque la place avant son achèvement. Cette coalition est cependant défaite par la garnison.

 

Il est possible que dans ce conflit Richard fasse appel à des contingents scandinaves. On sait qu'en 1014, le futur roi de Norvège en personne, Olav le Gros et Lacman de Suède sont accueillis à Rouen avant de repartir en expédition sur les côtes occidentales de la France actuelle jusqu'en Espagne, expédition à laquelle participe des normands du duché.

 

Robert le Pieux convoque à Coudres une assemblée de Grands pour que le duc de Normandie et le comte de Blois exposent leurs différents. La paix est finalement conclue, Eudes de Blois conserve Dreux et Richard Tillières et les bords de l'Avre.

 

Richard II meurt en août 1026 à Fécamp, après avoir désigné son fils aîné Richard comme héritier du duché et confié à son fils puiné Robert le comté d'Hiémois.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×