Robert 1er de Normandie (vers 1010 - 22 juillet 1035)

 

Robert 1er de Normandie (v.1010-22 juillet 1035), dit Robert le Libéral ou plus couramment Robert le Magnifique, fut duc de Normandie d'août 1027 à juillet 1035. Il était le père de Guillaume le Conquérant.

 

Robert le Diable ?

L'historien Lucien Musset dépeint Robert le Magnifique comme «une personnalité violente et difficile». À tel point qu'il est parfois considéré, à tort, comme l'inspirateur du personnage légendaire de Robert le Diable. Sa vie a donné lieu à la naissance d'histoires plus ou moins légendaires comme sa rencontre avec sa femme Herlève ou sa responsabilité dans la mort de son frère Richard III.

 

Une accession au pouvoir trouble

Robert le Magnifique est le second fils du duc Richard II de Normandie. À la mort de Richard II en 1026, c’est son fils aîné Richard III qui naturellement lui succède tandis que Robert se voit confier le comté de Hiémois. Dans la même année ou la suivante, Robert se révolte contre le jeune duc, l'armée ducale se présente alors devant Falaise où s'est retranché le rebelle, le contraint à capituler et à se soumettre à l’autorité du souverain. En 1027 Richard III meurt empoisonné, aussitôt, Robert écarte de la succession le fils bâtard du défunt, Nicolas, et ceint la couronne ducale.

 

Si Guillaume de Jumièges ne dévoile pas le nom du régicide, les écrivains plus tardifs, comme Wace n'ont pas hésité à accuser Robert qui apparaît comme le principal bénéficiaire de la mort de Richard III. Il n'existe, à ce jour, aucune preuve de sa culpabilité.

 

Des rebellions écrasées

Robert devient donc duc de Normandie en 1027 alors qu'il n'a que 17 ans. Il montre rapidement qu'il entend tenir le duché d'une main de fer.

 

Vers 1027/1028, Guillaume Ier de Bellême, un seigneur des confins méridionaux de la Normandie, se révolte, Robert l'assiège dans Alençon et le force à la reddition puis lui impose une pesante humiliation en l’obligeant à se présenter devant lui une selle de cheval sur les épaules.

 

Dans les débuts de son principat, Robert le Magnifique apprend que l'évêque Hugues de Bayeux recrute des soldats en France pour renforcer la défense de son château d'Ivry. Furieux d'être tenu à l'écart du conseil ducal, il compte faire de la forteresse normande un pôle de résistance au duc. Robert réagit rapidement, il se présente devant Ivry avant même que Hugues ne soit revenu de France. L'évêque doit négocier son exil contre un sauf-conduit pour ses fidèles déjà réfugiés dans le château. Il n’est autorisé à revenir en Normandie qu'en 1032, mais reste à l'écart de la cour, le conflit entre le duc et l'évêque de Bayeux à peut-être un lien avec celui qui oppose Robert le Magnifique et son oncle Robert le Danois.

 

Conflits avec l'Église

Fils du duc Richard Ier de Normandie, Robert le Danois est l'un des personnages les plus puissants du duché puisqu'il est comte d'Évreux et archevêque de Rouen. Guillaume de Jumièges nous explique que Robert le Magnifique se déclare son ennemi, sans que l'on sache les raisons de cette soudaine opposition. Peut-être l'archevêque goûtait peu la politique ducale vis-à-vis de l'Église, les historiens ont notés que le début du principat de Robert le Magnifique est marqué par la confiscation  des terres aux abbayes et aux grandes églises pour les redistribuer à de jeunes nobles (tel Roger Ier de Montgommery). C'est un moyen de les fidéliser et de les récompenser à moindre frais, mais le duc rompt, par sa conduite belliqueuse à l’égard de l’église, avec l'attitude de ses prédécesseurs, notamment Richard II, qui s'étaient montrés généreux envers l'Église.

 

Robert le Danois à t-il émit ouvertement certaines critiques au vue de tels agissements?, toujours est-il que le duc s'emporte contre lui et assiège Évreux en 1027 ou 1028. Après avoir organisé la défense de la cité, l'archevêque préfère négocier sa reddition. Il choisit l’exile et se rend auprès du roi Robert le Pieux... sans s'avouer vaincu pour autant. Pour faire fléchir son neveu, il lance l'anathème sur la Normandie. La sanction ecclésiastique produit son effet, Robert le Magnifique rappelle Robert le Danois et le rétablit dans ses charges comtale et archiépiscopale. 

 

Un revirement d'attitude

Ce conflit entre l'archevêque et le duc semble constituer une rupture dans la politique religieuse de Robert le Magnifique. Robert le Danois retrouve une haute position à la cour et il semble avoir convaincu son neveu qu'une bonne entente avec l'Église est indispensable. Plusieurs faits attestent de ce revirement.

Robert le Magnifique signe des chartes à plusieurs abbayes pour confirmer leurs biens ou pour les restituer, les abbayes de Fécamp et de Saint-Wandrille ainsi que la cathédrale Notre-Dame de Rouen figurent parmi les bénéficiaires de ces actes. Le duc pousse même quelques-uns de ses vassaux à le suivre dans ce mouvement.

 

Renouant avec les actions de son père Richard II, Robert fonde deux monastères, dont l'abbaye de Cerisy. Cette fondation est pionnière puisqu'elle intervient dans l'ouest de la Normandie, une région dépourvue de monastères en dehors du Mont-Saint-Michel. En 1035, Robert le Magnifique restitue l'abbaye de Montivilliers en remplaçant les moines par des moniales. Dans ce domaine, il est une nouvelle fois accompagné par des seigneurs du duché. Guillaume d'Arques et son épouse créent une abbaye d'hommes (la Trinité-du-Mont) et une abbaye de femmes (Saint-Amand) à Rouen. Onfroy de Vieilles installe des moines à Préaux alors qu'un simple chevalier, Herluin, pose les bases près de la Risle d'un monastère appelé à un grand avenir, Le Bec.

 

Robert le Magnifique et ses voisins

À l'image de ses prédécesseurs, le duc de Normandie se montre un allié précieux et ennemi redoutable pour les princes voisins.

 

Au secours du roi de France et du comte de Flandre

En 1031, le roi de France Robert le Pieux meurt, son fils aîné Henri Ier lui succède mais se heurte à une révolte menée par son frère cadet Robert et appuyée par sa mère Constance d'Arles. Le comte de Blois, Eudes II, se ligue à l'opposition contre le nouveau roi. Face à une telle coalition, Henri Ier doit quitter le domaine royal et trouver refuge à Fécamp auprès du duc de Normandie. Robert Ier l'aide dans son entreprise de reconquête. Il demande notamment à son oncle Mauger de Corbeil d'intervenir militairement au côté du roi, le frère rebelle est vaincu et reconnait la légitimité à la couronne de France de Henri.

 

Henri Ier peut régner en paix, pour son action, le duc de Normandie aurait reçu la suzeraineté sur la partie du Vexin entre l'Epte et l'Oise, le Vexin français. C'est ce que précise Orderic Vital mais il est le seul narrateur du Moyen Âge à indiquer cette concession.

Les historiens David Bates, Jean-François Lemarignier et plus récemment Pierre Bauduin doutent de l'affirmation du chroniqueur anglo-normand.

 

Le duc de Normandie apporte aussi un soutien décisif au comte de Flandre Baudouin IV, vers 1030, Baudoin doit faire face à une rébellion menée par son fils Baudouin V. Il trouve en Richard l'aide militaire dont il a besoin pour reprendre le contrôle du comté. Robert le Magnifique entre en Flandre et brûle le château de Chocques, effrayés par la violence des normands, les grands de Flandres abandonnent le fils rebelle, qui à son tour, consent à rendre le pouvoir à son père.

 

L'expédition d'Angleterre

La cour normande accueille depuis le principat de Richard II de Normandie les deux fils du roi anglo-saxon Ethelred II, qui chassé par les Danois, a dû quitter son royaume. Depuis 1016, Knut le Grand, le roi du Danemark, règne sur l'Angleterre, Richard II témoigna d'une certaine neutralité vis-à-vis de son voisin d'outre-Manche, d'autant plus que le monarque avait épousé sa sœur Emma. Mais cette femme est aussi la mère des deux enfants d'Ethelred, Alfred et Édouard.

 

Au contraire de son père, Robert le Magnifique s'engage clairement aux côtés de ses deux cousins exilés. Il envoya à Knut une ambassade pour lui demander de rendre le royaume aux enfants d'Ethelred. Devant son refus, le duc de Normandie convoque les grands du duché et donne l'ordre de construire une flotte pour envahir l'Angleterre. Les bateaux, chargés en vivres, en armes et en hommes, sont rassemblés à Fécamp et prennent la mer mais une tempête les déportent vers Jersey, les Normands renoncent à débarquer pas en Angleterre. Là où Robert le Magnifique à échoué, son fils Guillaume le Conquérant réussira plusieurs dizaines d'années plus tard en 1066.

 

Le maintien de la suzeraineté sur la Bretagne

La flotte qui n'a pas réussi à débarquer en Angleterre ne reste pas inactive, réfugiée au Mont-St-Michel elle est partiellement envoyée par Robert afin de ravager les côtes bretonnes.

 

Depuis Rollon, les ducs de Normandie interviennent régulièrement en Bretagne. En 1008, la mort du duc breton Geoffroi 1er laisse le pouvoir à sa femme Havoise de Normandie, sœur de Richard II. Les rapports entre Normandie et Bretagne sont donc très proches, cependant le fils d'Havoise et de Geoffroi, Alain devenu adulte, veut s'émanciper de la tutelle normande. Selon Guillaume de Jumièges, le duc de Bretagne refuse allégeance à Robert le Magnifique ce qui équivaut à une déclaration de guerre.

 

Vers 1030, le duc de Normandie envoie sa flotte rassemblée au Mont-Saint-Michel pour dévaster les environs de Dol. Alain riposte en envahissant l'Avranchin mais les normands Alfred le Géant et Néel II de Saint-Sauveur lui infligent une terrible riposte et écrasent la rébellion bretonne dans le sang. Par l'intermédiaire de l'archevêque Robert, le duc de Bretagne se réconcilie avec Robert le Magnifique et se reconnait vassal du duché de Normandie.

 

La paix revenu et afin d’affermir le renouveau de sa politique religieuse, le duc organise un pèlerinage à Jérusalem. Beaucoup d'historiens ont vu derrière ce voyage la preuve d'un repentir chez Robert pour avoir empoisonné son frère Richard III, là encore ce n'est que spéculation. L’entreprise du duc est risquée car la Normandie allait se retrouver sans maître et, en outre, l’on ne revenait pas toujours vivant de ce lointain et périlleux voyage. Avant de partir, le duc, conscient de cette difficulté, rassemble les Seigneurs du duché à Fécamp et leur demande de reconnaître comme hériter son jeune fils Guillaume, âgé d'environ sept ans. Les barons acceptent avec réticence et reprochent à Guillaume de ne pas être issu d'une union légitime. Robert n'a cependant aucun autre descendant «mâle» et n’a d’autre choix que d’imposer cet enfant, fruit d’une union « more danico ». Selon Wace, Guillaume fut placé sous la garde du roi de France Henri Ier.

 

Robert part au début de l'année 1035 pour Rome, avant de se rendre à Byzance où il est accueilli par L'empereur byzantin Michel IV. Le duc de Normandie parvient jusqu'à Jérusalem, c’est au cours de l'été 1035 alors qu’il regagne son duché qu'il meurt à Nicée à l’âge de 25 ans.

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