Rouen

 

Ville du nord-ouest de la France,

chef-lieu du département de la Seine-Maritime et de la Région Haute-Normandie, sur la Seine.

Dès la préhistoire le renne est chassé sur le site de Rouen, dans l'actuelle rue Jeanne d'Arc, puis à partir de 900 ans avant J-C, on navigue sur la Seine à l’aide de en pirogue. 

Sous le règne d’Auguste, au premier siècle de notre ère, les Romains fondent une ville sur la rive droite de la Seine, rive protégée des inondations, alors que la rive gauche était marécageuse et les îles instables. 

Cette ville, baptisée Rotomagus, se développe grâce à sa situation favorable : reliée par la Seine à Lutèce (Paris) et Juliobona (Lillebonne, qui était à l'époque romaine le port d'estuaire de la Seine, rôle rempli plus tard par Harfleur puis Le Havre). Mais Rotomagus est aussi un carrefour de voies terrestres. 

La ville gallo-romaine atteint son apogée au 3e siècle : elle possède alors un amphithéâtre (au niveau du Donjon), de vastes thermes près du forum, sur lequel se trouve probablement un temple, dont on n'a retrouvé que quelques statues et colonnes.

On a retrouvé place de la Pucelle un vaste ensemble de 9000 m² donnant sur la Seine, comprenant une fontaine monumentale, situé dans une zone marécageuse le long d'une voie ; on pense qu'il s'agit de la demeure ou l’entrepôt d'un armateur. 

A partir de la seconde moitié du 3e siècle commencent les premières grandes invasions en Gaule. Elles entraînent dans certains endroits une diminution de la population et un repli des villes, qui doivent se protéger en construisant des enceintes, qui n'existaient pas dans la période précédente, celle de la "paix romaine". La trace de ces invasions est attestée à Rouen par l'archéologie. Dans le courant du 3e siècle, les quartiers périphériques sont abandonnés et la ville se rétrécit dans une enceinte carrée : c'est un castrum, c'est à dire un camp militaire. Cette transformation est la conséquence des premières invasions qui déferlent sur la Gaule.

La fin de la période romaine correspond à la christianisation massive de l'Empire Romain : le christianisme, toléré depuis l'édit de Milan de l'empereur Constantin en 313 devient en 393, sous l'empereur Théodose, la seule religion autorisée dans l'Empire Romain. À Rouen, c'est l'époque de la construction de la première cathédrale et du premier évêque de la ville, Saint-Victrice.

Le Moyen-Age

En 841, les Vikings remontent la Seine et attaquent Rouen.

Ce n'est qu'avec le traité de Saint-Clair-sur-Epte, qui cède la Normandie aux Vikings, que la ville peut de nouveau se développer. Le chef Viking Rollon devient le premier duc de Normandie et fait de Rouen sa capitale. 

La ville s'intègre ainsi à l'espace commercial du monde viking, qui comprend toute l'Europe du Nord et les îles britanniques. En outre, les Vikings remontent les fleuves russes jusqu'à Constantinople et abordent au Groenland et au Vinland, localisé à Terre Neuve. Rouen devient un entrepôt pour les butins des Vikings, un port de commerce avec le bassin parisien, un marché d'esclaves. On y atteste la présence de visiteurs venus de loin : des Grecs, des Scandinaves, des Irlandais, des Italiens.

Une importante communauté juive vit autour du palais de Justice, sous lequel se trouvent les vestiges d'un monument juif unique en Europe du Nord. 

La conquête de l'Angleterre par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant en 1066 lie Rouen à l'expansion normande vers ce pays, puis vers l'ouest de la France, à l'époque où Henri II Plantagenêt règne sur des territoires s'étendant de l'Aquitaine aux confins de l'Écosse.  

Le rayonnement de Rouen se mesure à la présence d'un atelier monétaire dont les monnaies se retrouvent jusqu'en Russie ou dans les États Latins d'Orient, les Normands du XIe siècle ayant conquis la Sicile puis participé aux Croisades.

Il reste une trace de ces voyages sur le portail Saint-Jean de la cathédrale de Rouen : les motifs décoratifs sont inspirés de l'art islamique et sont arrivés à Rouen par l'intermédiaire des Normands de Sicile.  

Très tôt par rapport aux villes françaises, Rouen obtient une Charte communale, que lui accorde le Duc de Normandie vers 1150. Il s'agit des Établissements de Rouen. Tout homme libre ayant un an de résidence relève alors de la juridiction communale. Seules quelques familles participent au gouvernement de la ville, les Cent Pairs, qui sont cooptés. Les habitants sont groupés dans des corps de métiers et appartiennent à des confréries, groupes solidaires basés sur le culte d'un saint, ce qui correspond souvent à une solidarité de quartier ou de profession.

Le commerce est très actif, grâce aux relations avec la région parisienne et l'Angleterre : les Rouennais vendent du sel et du poisson aux Parisiens et commercialisent le vin de Normandie en Angleterre. Ils ont aussi des liens commerciaux avec l'Irlande. La ville est en outre un centre intellectuel et artistique, stimulé par la construction de la cathédrale. 

La conquête de la ville par Philippe Auguste et le rattachement de la Normandie à la France ne freinent pas la prospérité rouennaise. Philippe Auguste maintient les privilèges communaux et laisse aux Rouennais le monopole du commerce sur la Basse Seine. La ville s'accroît et devient la seconde ville du Royaume, une place qu'elle conservera longtemps. Des paroisses apparaissent hors les murs : Saint-André au Nord, Saint-Hilaire et Saint-Paul à l'Est, Saint-Sever au Sud. Cependant, la ville intra-muros n'est pas très dense et il y demeure de nombreux jardins, ainsi que des couvents. Au Nord de la ville, Philippe Auguste a fait bâtir un château, dont il reste aujourd'hui le Donjon.

De là, descend une rivière, la Renelle, à l'emplacement de la rue Jeanne d'Arc actuelle. C'est le domaine des tanneurs. Les teinturiers et les drapiers sont installés sur le Robec, à l'Est de Rouen, dans un quartier qui sera inclus dans la muraille de la ville au 14e siècle. Les Rouennais vont chercher la laine en Angleterre et vendent leurs draps aux foires de Champagne, d'où ils sont acheminés vers l'Espagne ou l'Italie. Le commerce du vin reste encore important au 13ème siècle, mais les vins normands sont de plus en plus concurrencés en Angleterre par les vins de Bordeaux... 

La cathédrale est construite tout au long du 13e siècle, après l'incendie de 1200. La nef est rapidement achevée, puis chaque métier cherche à avoir sa chapelle. Les portails des Libraires (au nord) et de la Calende (au sud) sont mis en chantier en 1280. 

Comme ailleurs en France, l'essor des 11e, 12e et 13e siècles se trouve brisé au début du 14e siècle par le retour des famines et des épidémies et par les conséquences de la guerre de Cent Ans, qui commence en 1337. La guerre désorganise le commerce, mais c'est surtout la Peste Noire, qui touche Rouen en 1349, qui constitue la plus grande catastrophe, d'autant plus que d'autres pestes vont suivre, ainsi que des famines. Si la guerre ne touche pas directement la ville, elle nécessite la construction d'une nouvelle muraille, qui va absorber un budget très important, au moment où les bourgeois sont appauvris et où de nombreux pauvres fuyant les campagnes viennent se réfugier en ville. 

Cependant, l'activité économique se maintient. Le conflit oblige les Rouennais à chercher de nouvelles sources d'approvisionnement : ils vont chercher la laine en Ecosse et achètent à Harfleur la laine castillane.  La guerre a pour conséquence la création de chantiers navals sur la rive gauche, le Clos des Galées, qui devient le principal arsenal français.

Les difficultés de l'époque amènent en 1382 une grave révolte urbaine connue sous le nom de Harelle. La répression royale sera très dure : les cloches du beffroi (situé au dessus du Gros Horloge) sont descendues, les impôts augmentés et la ville doit payer une lourde amende, provoquant la fuite de nombreux habitants, qui ne peuvent plus payer, ce qui alourdit d'autant le poids de la fiscalité pour les autres. Enfin, les privilèges des Rouennais sur la Basse Seine sont supprimés, laissant le champ libre aux Parisiens. 

À la suite de la défaite d'Azincourt en 1415, les Anglais mettent le siège devant Rouen, qui doit capituler au bout de 6 mois en 1419. C'est dans une ville tenue par les Anglais que Jeanne d'Arc est jugée et condamnée à être brûlée vive sur la place du Vieux-Marché le 30 mai 1431. Les Français reprennent la ville en 1449 et Charles VII fait réhabiliter Jeanne d'Arc en 1456. Le retour à la paix provoque une phase d'expansion de la ville, où arrive au début du 16ème siècle la Renaissance. 

Rouen à la Renaissance : une période brillante

L'histoire de Rouen au début de la Renaissance, c'est celle d'une ville dynamique, la seconde du royaume, dominée par la personnalité de ses deux cardinaux successifs, Georges Ier d'Amboise de 1494 à 1510, puis son neveu Georges II, de 1510 à 1550 ; ils sont à l'origine de l'éclosion de la Renaissance à Rouen. 

Georges Ier d'Amboise, premier ministre de Louis XII, est un mécène qui va favoriser la construction de la Tour de Beurre, financée en partie par les aumônes de dispense pour l'usage de beurre en Carême. Elle est achevée en 1508. L'année suivante commence la construction du portail central de la cathédrale, dont les travaux dureront jusqu'à 1521. À la même époque, on commence la construction de l'hôtel des finances, face à la cathédrale, sur la place de la Pucelle, l'hôtel de Bourgtheroulde, qui sera achevé plus tard avec la galerie à arcades et sa frise représentant l'entrevue du camp du drap d'or. Commencé en 1499, le palais de justice est terminé en 1526, et on achève l'année suivante de remplacer la vieille porte gallo-romaine par le Gros Horloge. En 1524, on avait terminé Saint-Maclou. Il restera à achever en 1542 la flèche de pierre de la cathédrale et l'année suivante la Fierte Saint Romain sur la place de la Haute-Vieille-Tour.  

Cette floraison artistique est celle de la Renaissance, mais les aspects gothiques sont encore  présents et coexistent avec les aspects "renaissance", comme à l'hôtel de Bourgtheroulde et au Bureau des Finances.

Ce foisonnement est rendu possible par l'essor économique de la ville depuis la fin du XVe siècle : la draperie se développe, en particulier à Darnétal (où les Rouennais délocalisent leur production pour échapper aux règlements des métiers rouennais...), mais aussi la soierie, la métallurgie... 

 Les Rouennais envoient leurs navires pêcher le hareng en Baltique, la morue à Terre-Neuve. Ils vont chercher le sel à Guérande ou à Sétubal au Portugal. Rouen continue à vendre ses draps en Espagne, où l'on achète la laine. On trouve des draps rouennais jusqu'à Cochin, en Inde. Pour les besoins de la draperie, on se procure de l'alun à Rome, dont le commerce est organisé par les Médicis et dont Rouen est la plaque tournante pour la France. Le commerce n'est pas seulement maritime, il est aussi fluvial et terrestre, grâce à l'amélioration des communications : on ne met qu'une semaine pour aller de Rouen à Lyon ! 

Il faut aussi teindre les draps. Pour cela, on va chercher très loin les colorants. Au siècle précédent, Jean de Béthencourt a tenté de mettre en place le trafic de l'orseille, colorant rouge, entre les îles Canaries et la Normandie. Au XVIe siècle, les Rouennais s'intéressent au bois brésilien, qui donne une teinture rouge, et ils envoient Verrazzano le chercher sur les terres auxquelles il a donné son nom : ainsi, Rouen devient le principal port pour le trafic avec le Brésil, et lors de la visite du roi Henri II en 1550, une fête brésilienne est organisée sur la Seine. C'est à Rouen que Montaigne rencontre des Indiens brésiliens. 

La ville est alors une ville très ouverte sur le monde, les étrangers sont nombreux à s'y installer, en particulier les Espagnols et les Italiens, qui s'assimilent très rapidement. Qui décèlerait un Rucellai de Florence derrière un Rousselay rouennais, ou un espagnol de Séville derrière le patronyme Civille ? 

Cette ouverture est aussi intellectuelle : l'imprimerie apparaît en 1484 et l'on compte déjà 10 ateliers en 1500. Ils s'installent près du portail nord de la cathédrale, qui prend le nom de portail des Libraires. L'une des oeuvres majeures de cette époque est le Livre des Fontaines (1525).

Les guerres de religion (1562-1598) mettent fin à cette période brillante. La ville est investie par les calvinistes en 1562, puis reprise par les catholiques, puis en 1591-92, ce sont de nouveau les protestants d'Henri de Navarre, futur Henri IV, qui assiègent la ville, mais ils échouent.

Pour reprendre du terrain aux protestants, les catholiques de la contre-réforme établissent des couvents et des collèges d'enseignement. À Rouen, les couvents s'installent dans les seuls espaces encore libres à l'intérieur de la muraille, au nord de la ville, et c'est également dans ce quartier que s'ouvre en 1592 le collège des Jésuites, actuel lycée Corneille. 

 
 

Rouen au XVIIe siècle, la stagnation

Aux 17e et 18e siècles, Rouen demeure la seconde ville du royaume de France et compte environ 75000 habitants, mais à partir du milieu du 17e siècle, sa population stagne et la ville perd son dynamisme.

Cependant, les Rouennais restent actifs sur toutes les mers, en particulier dans le nord de l'Europe, sur la côte d'Afrique et aux Antilles, ainsi qu'en Nouvelle France, où partent colons et religieux.

Ainsi, on continue de rencontrer des marchands et voyageurs rouennais dans les endroits les plus lointains. Des marchands rouennais sont à l'origine de la fondation de Saint Louis du Sénégal en 1639, dans le but de favoriser le commerce triangulaire, un soldat originaire de Rouen, Abraham Dupuis aide les Chinois à chasser les Hollandais de Taïwan et un jeune orfèvre rouennais, Lepage, cisèle en 1663 une couronne d'or pour un rajah des Indes. Cependant, la région lointaine avec laquelle les liens sont les plus importants est la Nouvelle France : de Rouen partent religieux et colons pour le futur Canada, où Champlain a abordé en 1603. Cavelier de La Salle, un rouennais, découvre le Mississippi et donne à sa région le nom de Louisiane.

Outre le port, la ville est un important centre administratif, doté d'un Parlement, qui fait vivre, outre la noblesse de robe, de nombreux officiers (nom donné sous l'Ancien Régime à ceux qui ont acheté leur charge ou office). Cette noblesse, ainsi que l'importante bourgeoisie enrichie par le grand commerce fait bâtir de somptueux hôtels particuliers, comme l'Hôtel d'Hocqueville (aujourd'hui Musée de la Céramique).

A cette époque, Rouen, comme toutes les villes du royaume, est fréquemment frappée par les épidémies, dues à l'absence d'hygiène dans une ville tassée dont certains quartiers sont particulièrement insalubres. La seule institution hospitalière était alors l'Hôtel Dieu bâti au Moyen Age, mais qui ne suffisait plus, c'est pourquoi on entreprit en 1654 la construction de deux bâtiments qui formeront l'Hôtel Dieu (actuelle Préfecture), à l'ouest de la ville. A la même époque, le bureau des pauvres décida d'édifier l'Hospice Général, à l'est de la ville ( actuel Hôpital Charles Nicolle).

L'Eglise, de son côté, est très présente dans le paysage urbain. La cathédrale est alors achevée. Des ordres monastiques s'installent à Rouen, et certains fondent des écoles, par exemple la Congrégation des filles de la Providence s'installe à Rouen en 1666 et ouvre plusieurs écoles. Le Collège des Jésuites (actuel lycée Corneille) demeure l'établissement le plus important. Corneille, Fontenelle, Blaise Pascal, vivent ou séjournent à Rouen à cette époque. 

Rouen au XVIIIe siècle, l'essor industriel

Au 18e siècle, Rouen continue d'être un grand port et un centre industriel textile. Le commerce triangulaire, qui consiste à échanger des produits de peu de valeur contre des esclaves en Afrique, puis de vendre ceux-ci aux Antilles contre du sucre, cédé au retour en Europe à un prix élevé, enrichit les armateurs.

Le travail du coton devient la base de l'économie urbaine. Il contribue à faire vivre aussi les campagnes alentour par le travail à domicile, aussi la ville ne connaît-elle pas un grand essor démographique, car venir y habiter n'est pas nécessaire. De ce fait, Rouen est peu touchée par les transformations urbanistiques des autres villes françaises à cette époque. On prévoit d'y édifier un nouvel hôtel de ville et une grande perspective, il n'en reste aujourd'hui que les fondations et la rue de Crosne, un des rares témoignages architecturaux du 18ème siècle à Rouen, hormis quelques hôtels particuliers.

 Les négociants et armateurs rouennais pensent surtout à acquérir des terres autour de la ville et sont moins entreprenants que ceux du Havre. On y décèle pourtant les prémices de la révolution industrielle dès le milieu du 18ème siècle, avec le développement des indiennes, tissus de coton imprimé bon marché. Ces nouvelles fabrications se font dans des manufactures, qui s'installent dans les faubourgs de la ville, dans les vallées du Cailly et du Robec, et sur la rive gauche, autour de Saint-Sever. 

Du 18ème à aujourd'hui

 Rouen pendant la révolution et l'Empire

Les débuts de la révolution à Rouen se déroulent sur fond de crise économique et sociale. La faim connaît son paroxysme au moment de la soudure, pendant l'été 1789, ce qui entraîne des émeutes. Les cahiers de doléances pour les états généraux sont rédigés au printemps ; celui du Tiers État, rédigé par Thouret, fait peu de place aux aspirations des plus pauvres et représente essentiellement les souhaits de la grande bourgeoisie de la ville. La noblesse et le clergé campent sur la défense de leurs privilèges, seule une minorité de la noblesse, représentée par le marquis d'Herbouville, est ouverte aux idées nouvelles issues de la philosophie des Lumières.

La révolution à Rouen est plutôt modérée. Après l'été agité de 1789, les nouvelles institutions se mettent en place, en particulier le conseil général de la commune, élu par les citoyens actifs. Rouen devient le chef-lieu du département de la Seine-Inférieure. Une vie politique se met en place, appuyée sur des clubs et des journaux comme le Journal de Rouen.  

À Rouen comme ailleurs, le problème qui se pose très rapidement est celui de la constitution civile du clergé, avec la division du clergé en jureurs et réfractaires et la nationalisation des biens du clergé.

Pendant la période jacobine, Rouen, bien que plutôt favorable aux Girondins, ne participe pas à l'insurrection fédéraliste, qui se déroule pourtant dans des régions proches, en particulier en Basse-Normandie. Par ailleurs, il n'y a pas d'excès répressifs : de nombreuses arrestations mais pas d'exécutions capitales. La Terreur a surtout pour e ffet l'application du maximum des prix et des salaires et la déchristianisation : la cathédrale est transformée en temple de la Raison et Saint-Ouen en manufacture d'armes. 

De même que la période jacobine fut relativement modérée, la période thermidorienne ne voit pas à Rouen l'équivalent de la terreur blanche. Comme ailleurs, la misère est grande de 1794 à 1797 ; en l'an III, on recense à Rouen 50000 indigents sur une population de 80000 habitants. Cela amène de nombreuses émeutes populaires. La situation s'améliore à partir de 1797. 

Rouen du XIXe siècle à 1939

Le 19e siècle est à Rouen comme ailleurs en France celui de la Révolution industrielle. Elle est basée dans la région sur l'industrie textile, plus précisément le coton. Des filatures s'installent dans les vallées du Cailly et du Robec, ainsi que sur la rive gauche de la Seine, où l'afflux de population venue de la campagne pour travailler dans les usines amène la construction de quartiers ouvriers faits de maisons de briques avec des petits jardins, qui constituent aujourd'hui un des traits du paysage de ces parties de l'agglomération. Rouen est reliée à Paris par le chemin de fer dès 1843. Les conditions de travail des ouvriers entraînent de nombreux conflits et la participation de Rouen à la révolution de 1848 : en avril 1848, l'Est de la ville se couvre de barricades lors d'une insurrection vite réprimée.

Le Second Empire est une période de transformations importantes : on perce les actuelles rues Jeanne d'Arc, Jean Lecanuet et de la République, on aménage le Square Solférino ou Verdrel (du nom du maire de Rouen à l'époque).

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Rouen est occupée par les Prussiens. L'essor de la ville se poursuit ensuite sous la 3e république, avant et après la guerre 1914-18.

De nouvelles constructions contribuent à modifier la ville : le musée des Beaux-Arts, le Théâtre des Arts, l'église Saint-Sever, les gares, la flèche de la cathédrale. Les quartiers ouvriers, situés à l'Est, s'opposent aux quartiers bourgeois, à l'Ouest. Les banlieues continuent à s'étendre au sud sur la rive gauche et sur les plateaux nord et est ; on construit par exemple entre les deux guerres le quartier des Sapins (la partie appelée aujourd'hui "Vieux Sapins").

C'est surtout par la vie culturelle que Rouen continue à rayonner tout au long du 19e siècle, grâce à des écrivains comme Flaubert ou Maupassant, par les impressionnistes de l'Ecole de Rouen et la série des "Cathédrales de Rouen" de Monet, par la qualité de sa vie musicale symbolisée par le Théâtre des Arts. Les guinguettes sur l'actuelle île Lacroix, la promenade du Cours la Reine le long de la Seine ou les terrasses de la "Petite Provence", au bord des quais de la Seine, sont des occasions de promenades pour les Rouennais.

Pendant la première guerre mondiale, la ville est une des bases arrières du front, et voit affluer les réfugiés du Nord de la France et de Belgique, puis les troupes et le matériel de l'armée britannique, qui contribuent à l'essor du port. L'entre deux guerres voit se poursuivre le développement de l'industrie sur la rive gauche : sidérurgie, industries chimiques, raffinerie de pétrole, chantiers navals, alors que se maintient l'activité textile, jusqu'à la crise de 1929, qui la touche durement. 

Rouen pendant la seconde guerre mondiale

Le 9 juin 1940, les troupes allemandes entrent à Rouen. L'armée française a fait sauter le pont pour empêcher le passage sur la rive gauche, mais n'a pu éviter l'occupation de la ville. Le quartier situé entre la cathédrale et la Seine a été touché par les combats et va brûler pendant une semaine, les Allemands interdisant l'intervention des pompiers. Une partie de la population a fuit la ville.

Pendant 4 années, les Rouennais subissent la terreur nazie, les arrestations d'otages, les tortures, les exécutions, les déportations, les privations. À cela s'ajoutent les bombardements, en particulier ceux de la semaine rouge du 30 mai au 5 juin 1944 : 400 bombes, d'une tonne chacune. 1500 personnes ont été tuées, la cathédrale est endommagée, Saint-Maclou, le Palais de Justice, une grande partie de la rive gauche, sont détruits. On compte 2000 victimes et 40000 sinistrés.

Le 30 août 1944, les Canadiens libèrent Rouen. La ville est un champ de ruines.

Rouen depuis 1945

Les années d'après guerre sont celles de la reconstruction. Un quart des logements est à reconstruire. Le choix est fait de conserver le plan ancien de la ville et la même largeur de rues, à la différence du Havre, qui préfère bâtir une ville nouvelle, et de surélever les quais, coupant la ville du fleuve. La cathédrale ne rouvre qu'en 1956, les derniers îlots sont achevés en 1962.

Comme dans le reste du pays, la croissance démographique et la crise du logement entraînent la construction de nouveaux quartiers, sur la rive gauche (à Saint-Étienne-du-Rouvray et Grand-Quevilly en particulier) et sur la rive droite (les Sapins et la Grand'Mare, Canteleu). On édifie sur la rive gauche la préfecture, puis la cité administrative.

Les transformations de la ville dans les années 70-80 sont liées à l'action de Jean Lecanuet, maire de 1968 à 1993. Dans les années 70, on commence à restructurer le centre ville, éliminant des îlots considérés comme insalubres, ce qui permet de faire place nette pour la construction d'ensembles immobiliers tels ceux bâtis autour de l'hôtel de ville à la place d'un quartier aux maisons à pans de bois. Les habitants sont relogés dans les grands ensembles des Hauts de Rouen. Cependant, on prend vite conscience de la valeur architecturale des quartiers anciens et on lance des opérations de sauvegarde, par exemple dans les quartiers Est de la ville. C'est l'époque de la restauration des façades, de la création des rues piétonnes (la rue Gros Horloge est en 1970 la première rue piétonne de France). En 1979 est inaugurée l'église Sainte-Jeanne d'Arc, sur la place du Vieux-Marché. De la même époque datent les tours de 18 étages du Front de Seine, ou le Palais des Congrès, sur la place de la cathédrale. Plus récemment fut construit l'Espace du Palais et l'ensemble immobilier de la Place de la Pucelle. Les années 70 voient aussi la tentative de créer un second centre de la ville sur la rive gauche, le Centre Saint-Sever. Les années 90 sont celles de la mise en service du métrobus de l'agglomération rouennaise, du succès des Voiles de la Liberté (1989), de l'Armada de la Liberté (1994), puis de l'Armada du Siècle (1999), et enfin de l'Armada Rouen 2003, de la poursuite des aménagements urbains, en particulier la transformation des quais rive droite en promenade urbaine, le retour des facultés de médecine et de droit en ville. 

Rouen compte aujourd'hui près de 111.000 habitants. Elle était la ville la plus importante de la Communauté de l'agglomération de Rouen, établissement public de coopération intercommunale créé le 1er janvier 2000 et regroupant 45 communes. Depuis le 1er janvier 2010, cet établissement public s'est élargi pour devenir la Communauté d'agglomération Rouen-Elbeuf-Austreuberthe (La CREA) qui regroupe 71 communes ; avec près de 500.000 habitants, c'est la première communauté d'agglomération française.

Texte de Jean Braunstein, agrégé d'histoire

 
 
 

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