La bataille de Val-ès-Dunes (10 août 1047)

A la faveur de la minorité de Guillaume le bâtard, fils naturel du duc de Normandie Robert le magnifique mort au cours d'un pèlerinage en Terre sainte en 1035, le pouvoir princier, jusqu'alors resté puissant, connait en Normandie une période d'affaiblissement.

A partir de 1042, on assiste à une remise en ordre progressive, plus rapide dans la partie orientale du duché, où le duc peut s'appuyer sur une administration solide et sur un réseau dense de grandes abbayes, qu'en Basse-Normandie, où seigneurs et officiers ducaux se sont affranchis de l'autorité princière et où fleurissent les "châteaux adultérins", fortifications tenues ou érigées sans l'autorisation du duc.

Vers 1046, une partie des seigneurs de la Normandie occidentale forment une ligue dont l'objectif est le remplacement de Guillaume le Bâtard par Guy de Bourgogne, seigneur de Brionne, descendant par sa mère de la famille ducale. Face à cette crise, le jeune duc sollicite l'aide de son seigneur féodal, le roi de France, Henri Ier. 

Celui-ci lève en hâte une armée d'environ 10 000 hommes qui, alliés aux quelques 350 chevaliers et au millier de gens d'armes fidèles au duc, vont affronter, en août 1047, les troupes rebelles dirigées entre autres par les barons Rainulf de Briquessart, vicomte de Bayeux, Néel II de Saint-Sauveur vicomte de Saint-Sauveur, Hamon le Dentu baron de Thorigny, Grimoult du Plessis, et Raoul Tesson du Cinglais qui rassemblent autour d'eux environ 25 000 combattants dans la plaine du Val-ès-Dunes, située à 12 km au sud-est de Caen sur l'Orne. Ce chiffre est par ailleurs certainement exagéré, l’armée des rebelles comprenant plus modestement 200 chevaliers et 600 à 800 hommes de pied. 

Beaucoup de révoltés, encore païens ou peu christianisés et restés plus proches de leurs origines nordiques que les Normands de l'Est, chargeront au cri de « Thor Aïe ! »(« Thor aide »). Ce sera la dernière manifestation viking en France. 

Après la défection de Raoul II Tesson, l'un des principaux conjurés qui se rallie à Guillaume, la bataille s'engage, c'est un véritable désastre pour les conjurés et, dans leur fuite, beaucoup se noieront en tentant de traverser la rivière bordant le champ de bataille.

Beaucoup de conjurateurs survivants, leurs forteresses démantelées, seront bannis ou s'exileront volontairement en Italie du sud.

«Heureuse bataille où en un seul jour, s'écroulèrent tant de châteaux, repaires de méchants et de criminels», écrira Guillaume de Jumièges, car ce succès assoit l'autorité du jeune duc de Normandie. 

Cette remise en ordre se poursuit par le concile de Caen réuni en octobre 1047 qui permet au duc Guillaume, s'appuyant sur l'église, d'instaurer la trêve de Dieu et la paix de Dieu dans l'ensemble de son duché.

La restauration de l'autorité ducale qui se poursuit dans les années suivantes renforce la cohésion du duché dont le prince, moins de vingt ans après cette victoire, pourra entreprendre la conquête du royaume d'Angleterre et devenir Guillaume le conquérant.

 

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