Révoltes des va-nus-pieds

Le 16 juillet 1639, exaspérée par l’empilement de nouvelles taxes destinées à soutenir l’effort de guerre, la population de Normandie s’agite. Lorsque la décision de rétablir la gabelle dans cette région est annoncée, les habitants d’Avranches décident de se rebeller et assassinent un agent du fisc. C’est le début de la révolte des va-nu-pieds qui va secouer la Normandie pendant plusieurs mois, notamment dans les villes d’Avranches, Rouen ou Bayeux. Face aux dépenses engendrées par la guerre de Trente ans, de nombreuses révoltes et jacqueries ont éclaté en France depuis 1635, mais l’action des va-nu-pieds prend de l’ampleur. Richelieu adopte alors la stratégie de la force et donne des pouvoirs exceptionnels à Gassion ou encore Séguier pour écraser les insurgés.

Dans l’Avranchin en 1639, le bruit s’était répandu que le gouvernement allait interdire le sel blanc et établir la gabelle. Le pays jouissait du privilège du sel de la baie, et une telle décision menaçait les quelque 1200 personnes qui vivaient des salines. Les troubles éclatent à Avranches le jour où un officier de police de Coutances est accueilli par des clameurs contre le «gabeleur, les monopolistes»: il est assommé par une foule déchaînée; même sort est promis à quiconque voudrait introduire un nouvel impôt. En quelques semaines, l’agitation gagne toute la Basse-Normandie. Une armée de près de 20 000 hommes se lève dans les campagnes, encadrée par des gentilshommes et des prêtres. Ils disent avoir pour chef un certain Jean Va-Nu-Pieds, dont on a cherché en vain l’identité. Des manifestes en vers incitent à la révolte la noblesse normande, les bourgeois et les rentiers contre les humiliations et les spoliations. Il est fait appel à l’insurrection jusqu’en Poitou, en Bretagne, à Paris.

Le peuple de Rouen se soulève pour s’opposer à un nouveau droit sur les étoffes teintes; robins, fabricants, artisans se jettent dans la révolte. Le premier officier chargé d’appliquer l’édit sur les teintures est tué sur le parvis de la cathédrale; les maisons des traitants sont pillées, le bureau des aides attaqué; un horloger, Gorin, prétend être le lieutenant de Jean Va-Nu-Pieds et prend la tête de l’émeute. L’agitation règne à Caen et à Bayeux.

Richelieu, qui ne veut pas détourner une armée des frontières pour rétablir l’ordre, conseille à ses agents d’agir avec adresse, puis le Conseil royal décide d’écraser la province rebelle: la répression est confiée au colonel Gassion et à ses troupes allemandes et wallones qui pillent Avranches et dispersent les Va-Nu-Pieds. Le châtiment s’abat sur Rouen où le chancelier Séguier s’établit à l’abbaye royale de Saint-Ouen (1640), loge ses soldats chez l’habitant, remplace la municipalité par une commission, interdit le parlement et surtout rétablit tous les impôts contestés, la ville devra verser de surcroit une indemnité de plus de un million de livres. Quand il s’avance vers l'Ouest de le province, toute la Normandie est terrorisée et les municipalités de Caen et de Bayeux sont-elles aussi révoquées. Le 8 janvier, le chancelier prescrit le désarmement du peuple dans toute la Normandie.

Dernier acte du rétablissement de l'autorité du roi : au mois de mars, Séguier convoque la noblesse du Cotentin, qui a été favorable, voire s'est alliée aux va-nu-pieds. Aucun châtiment n'est prévu, mais il la rend désormais comptable de la tranquillité de la province. Une manière habile de lui faire comprendre que son intérêt réside dans une fidélité absolue au roi.

Les Nu-pieds ne sont cependant pas morts pour rien, Richelieu renonce à imposer la gabelle et maintient le privilège du quart bouillon, qui restera en vigueur jusqu'en 1789.

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