Le dragon

Vers le milieu du Vème siècle, Flamanville, petit village normand assis sur un roc de granit en face de l'océan, ne se composait que de quelques cabanes de pêcheurs.

Un dragon désolait la contrée et chaque année on voyait se renouveler la cérémonie dans laquelle les Athéniens désignaient les enfants qui étaient donnés en pâture au Minotaure.

Mais on venait d'apprendre que l'illustre Germain, le saint évêque d'Auxerre, parcourait la Grande Bretagne, détruisant l'hérésie de Pelage et étonnant le monde par ses miracles. Les pêcheurs allèrent le prier de venir les sauver ; il promit.

Il y avait alors une vieille femme qu'à cause de sa grande piété on appelait sainte Pernelle (Pétronille).

Un jour qu'avec sa fille Réparate, canonisée depuis, elle était assise au bord de la mer, ses yeux longtemps fermés à la lumière s'ouvrirent tout à coup :

- Tiens, ma fille, le grand saint Germain qui vient à nous sur la mer.

On aperçut sur les flots un évêque revêtu de ses habits pontificaux qui venait, affourché sur une roue de voiture. Quand il eut touché la terre, il s'agenouilla, pria et demanda où était le dragon. Les deux femmes lui montrèrent son antre creusée dans le roc de la falaise. Le pontife s'avança les yeux levés au ciel. Le monstre se souleva et sa gueule vomit le soufre et le feu. Le saint évêque avait ôté son étole et avec elle il étrangla la bête. Il partit pour l'Armorique, afin de combattre les hérésies et apaiser le général Actius.

En souvenir de cette délivrance miraculeuse, Flamanville prit le nom de Saint-Germain-de-la-Mer.

Anonyme - Le pays normand (juin 1901)

 

 

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